Discours de Jean Bernard

Discours de Jean Bernard

Remise du Prix de Recherche en Immunologie Bernard Halpern
au Docteur Michel GEFFARD.
Collège de France, le 10 Décembre 1992.

 

Quelques extraits de l'allocution du Professeur Jean BERNARD, membre des Académies :

 

"...Michel GEFFARD est un des pionniers d'une discipline nouvelle, l'immunologie du système nerveux. Avec d'emblée la mise en évidence de deux faits, de deux découvertes :
Premièrement, la découverte du rôle essentiel que jouent les petites molécules - épitopes - en pathologie du système nerveux ;
Deuxièmement, la difficulté - grande - surmontée, de production d'anticorps dirigés contre ces petites molécules.

Ces deux grandes découvertes ont bientôt de grandes conséquences, pour la neurobiologie, dans trois voies, dans trois directions.
En premier lieu, pour la dopamine :
- avec la première démonstration d'anticorps anti-dopamine, hautement spécifiques, hautement sensibles, et la définition des impératifs permettant de réaliser une étude ultra structurale dans de bonnes conditions ;
- avec la répartition précisée de la dopamine dans les cellules de la Substantia nigra et, moins abondamment, dans cette région qui porte le beau nom de Locus coeruleus… les neurologues parlent encore latin.
En deuxième lieu, pour la myasthénie :
- avec l'identification des anticorps produits par les lymphocytes B et dirigés contre les récepteurs de l'acétylcholine, portés par les muscles striés. Ceci d'abord pour l'animal puis pour l'homme.
En troisième lieu, pour la sclérose en plaques :
- avec la démonstration de l'existence, au cours des rechutes, dans les formes aiguës, d'anticorps, antérieurement non soupçonnés, dirigés contre un acide gras, l'acide oléique conjugué à une macromolécule.

Certains chercheurs se consacrent héroïquement à l'étude des maladies spontanément curables. Michel GEFFARD est différent. Ce sont les maladies graves et mal comprises qui sont l'objet de ses travaux. C'est ainsi que des graves maladies du système nerveux, il est, en ces dernières années, passé au cancer.
Avec, là encore, une découverte importante, récente, qui fait, en 1990, l'objet d'une note à l'Académie des Sciences. La découverte que, parmi les graisses, les lipides de la membrane cellulaire, il en est un essentiel. Avec un nom complexe, phosphatidylinositol, plus simplement p.i. Cette molécule est directement impliquée dans la transformation cancéreuse induite par divers oncogènes (Ras, Src, Erb) et dans divers cancers induits par des substances chimiques.

La présence de ces anticorps anti-p.i. a pu être décelée très précocement avant toute autre anomalie cellulaire. Elle a donc une valeur de prédiction et ouvre une nouvelle voie de diagnostic précoce, très précoce du cancer. " (...)

"Les découvertes de Michel GEFFARD sont donc doublement proches de celles de Bernard HALPERN. Elles sont celles d'un homme de science de haut rang qui allie trois grandes vertus, l'imagination scientifique, l 'habileté technique, la générosité, confiant ses réactifs précieux à de nombreuses équipes spécialisées dans le monde ..."